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Expulsions de migrants africains en Mauritanie : entre condamnations et diplomatie 
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Expulsions de migrants africains en Mauritanie : entre condamnations et diplomatie 
Abdou Aziz Cissé 🇸🇳
Abdou Aziz Cissé 🇸🇳
March 19, 2025

Des opérations d’expulsion de migrants “ illégaux” issus de cinq (5) nationalités africaines signalées en Mauritanie, ont suscité  des réactions dans beaucoup de pays de l’Afrique de l’Ouest. Cette campagne d’arrestations et de refoulements qui aurait débuté le 2 mars, vise à reconduire les migrants pour la plupart vers les postes frontières par lesquels ils sont entrés. Il faut signaler que le pays est un point de départ pour tenter la traversée vers l’Europe sur les routes migratoires africaines. 

Les autorités mauritaniennes montent au créneau 

Le 8 mars, le public a pris connaissance des faits lorsque des vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont montré des migrantes dispersées par la police mauritanienne à coups de gaz lacrymogènes, après avoir attaqué un poste de police se trouvant à quelques kilomètres de la frontière malienne à Gogui (commune rurale malienne). Ces derniers qui étaient sur le point de se faire expulser vers le Mali, auraient mis le feu au poste de police selon une source sécuritaire et administrative. 

En conférence de presse, le porte-parole du gouvernement mauritanien, Houssein Ould Meddou, a justifié les expulsions par la lutte contre “ l’immigration clandestine et le démantèlement des réseaux de trafic de migrants.” Selon lui, il s’agirait aussi de protéger les populations des dangers de la migration illégale. Toutefois il n’a pas précisé le nombre de personnes concernées par ces refoulements, ni les conditions sur lesquelles elles sont expulsées.

Il est rejoint dans cette tentative d’explication de la politique migratoire mauritanienne, par le ministre des affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug qui justifie aussi cette décision par la nécessité de “ préserver la sécurité nationale.” Interrogé par Radio France Internationale (Rfi), sur les conditions dans lesquelles les migrants ont été arrêtés et expulsés qui selon des organisations humanitaires ont été maltraités par les forces de l’ordre mauritaniennes, le ministre botte en touche et rassure que tout s’est déroulé dans le “ respect de toutes les conventions qui protègent les droits de la personne humaine, qui ont été ratifiées par la Mauritanie.” 

Le ministre a insisté également sur le fait que les forces de sécurité mauritaniennes avaient reçu une formation spécifique en matière de respect des droits fondamentaux, dispensée par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme (HCDH) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Il faut rappeler que les migrants sont estimés à 1,2 million dans un pays qui compte à peine 4,5 millions d’habitants.

Réactions politiques en Afrique de l’Ouest

Son homologue du Sénégal a une interprétation différente des faits. Lors d’une séance plénière à l’Assemblée nationale du Sénégal, Yacine Fall a été interpellée sur le sujet par plusieurs députés. Bien que reconnaissant que chaque pays a ses lois, elle a « regretté les conditions d’arrestations et d’expulsions des Sénégalais”, qui à l’en croire ont été accompagnés de traitements inhumains subis par les personnes arrêtées et rapatriées” s’indigne t-elle. Elle a tenu a assuré que des discussions avec les autorités Mauritaniennes sont en cours et que d’ici la fin du mois de mars, les choses allaient s’améliorer avec la promesse de la Mauritanie de transmettre au Sénégal les modalités d’obtention du titre de séjour et de la carte de résidence pour ses ressortissants au pays des Mourabitounes. Pour rappel, la communauté sénégalaise, recensée, est  de 300 000 rien qu’à Nouakchott capitale du pays.

Toujours au Sénégal, le député et membre de la majorité parlementaire, Guy Marius Sagna, a fait écho des “violations des droits humains et de campagne xénophobe contre les ressortissants sénégalais, maliens, ivoiriens, guinéens…” Pour éclairer la lanterne de ces concitoyens. Celui qui est aussi membre du Parlement de la Cedeao, à proposé, lors d’une séance plénière la création à l’Assemblée nationale du Sénégal d’une mission d’information en Mauritanie sur la situation. 

Le Mali, par la voix de Boulaye Keita, conseiller technique chargé des questions migratoires au ministère des Maliens établis à l’extérieur, tient a rassurer que tout s’est déroulé dans le respect des procédures administratives en vigueur. Interrogé par l’agence de presse turque Anadolu, ce dernier donne le chiffre de 528 migrants maliens expulsés et absout les autorités mauritaniennes des accusations de maltraitance et de torture envers les migrants. Malgré que leurs ressortissants ont été évoqués comme faisant partie des migrants expulsés, les autorités ivoiriennes et guinéennes n’ont pas encore réagi à cette situation humanitaire. 

Quant au Consul honoraire du Sénégal à Nouadhibou, Boughourbal Moulaye Abasse, il apporte assistance et conseils aux migrants sénégalais. Il se veut rassurant dans un entretien accordé au Journal seneglais “ Le Quotidien.” “ La communauté sénégalaise en Mauritanie se porte bien pour ceux qui disposent d’un titre de séjour. En revanche, ceux qui ne possèdent aucun document officiel font face à des expulsions systématiques.” 

Les défenseurs des droits de l’Homme s’indignent

Le député senegalais, Guy Marius Sagna est rejoint dans son indignation par les Organisations de défense des droits de l’Homme sur les conditions de ces refoulements vers les frontières. Interrogé par l’Agence France Presse, Kory Sneïba, membre de l’association SOS Esclaves, a rappelé aux autorités mauritaniennes que “ les migrants ne doivent pas être arrêtés dans des conditions inhumaines.” De ce fait, l’association dont il est membre demande que cela se passe dans le respect des droits humains” a t-il conclu. Dans un communiqué de presse, la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO) a également exprimé son indignation. L’organisation continentale, qui détient un statut spécial à l’ECOSOC des Nations Unies et un rôle d’observateur à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), dénonce des atteintes graves à la dignité et aux droits humains.

L’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH), exprime sa “ profonde indignation et condamne avec la plus grande fermeté les rafles massives et les arrestations arbitraires menées ces derniers jours par les autorités mauritaniennes contre les migrants.” Selon cette association de défense des droits des migrants  ces actions, “ exécutées avec brutalité et mépris des droits fondamentaux”, constituent une violation grave de la dignité humaine et des conventions internationales et régionales ratifiées par la Mauritanie. Il s’agit de de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, adoptée de l’ONU, la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples, le Protocole de Maputo et le Protocole sur la libre circulation des personnes et le droit de résidence et d’établissement de l’Union Africaine. 

Ils ont également tenu à dénoncer “la responsabilité de l’Union européenne et des pays ayant signé des accords avec la Mauritanie pour la lutte contre l’immigration clandestine.” Selon eux, en externalisant la gestion des migrations, ces États portent une part de responsabilité dans les violations des droits humains commises en Mauritanie. Pour rappel, le 7 mars 2024, un mémorandum a été signé par la maurianie avec l’Union européenne (UE) pour lutter contre l’immigration illégale avec un fonds de plus de 200 millions d’euros. 

Toutefois, une enquête du Monde, du média Lighthouse Reports et de sept autres médias internationaux, a démontré que la Mauritanie n’est pas le seul pays africain à avoir ce genre de partenariat avec l’UE.  L’argent de l’institution européenne phare permet à plusieurs pays du Maghreb d’expulser des migrants en plein désert et “au prix de violations des droits humains et avec le renfort de moyens européens.” Côté politique, les pourparlers ont débuté, Une semaine après, comme elle l’avait annoncé sur la tribune de l’Assemblée Nationale du Sénégal, la ministre des Affaires étrangères, Yacine Fall, a entamé depuis le 17 mars, une visite en Mauritanie.


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