Le rêve américain… version football

Ibrahima Ndiaye, étudiant et fervent supporter des Lions, suit l’actualité de près. « La Coupe du monde, ce n’est pas seulement du sport. C’est une vitrine pour le Sénégal. Beaucoup de jeunes veulent y aller pour montrer une autre image de notre pays. » Pour lui, le timing est malheureux : « On parle de restreindre l’immigration alors que des millions de supporters du monde entier vont voyager pour la compétition. »

Au-delà des supporters, la mesure inquiète aussi les familles sénégalaises engagées dans des procédures de regroupement familial ou de migration professionnelle. « Il y a des dossiers en cours depuis des années. Les gens attendaient 2026 pour peut-être enfin rejoindre leurs proches », souligne un juriste dakarois spécialisé en droit migratoire.

Le Département d’État américain a annoncé avoir déjà révoqué plus de 100 000 visas depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. En parallèle, des centaines de milliers d’expulsions ont été enregistrées ces derniers mois.

Entre espoir et incertitude

Pour l’instant, aucune annonce spécifique ne concerne les visas touristiques liés à la Coupe du monde. Mais l’incertitude plane. Amy Ngom garde malgré tout espoir : « On prie pour que tout se passe bien. Le football rassemble. Peut-être que les autorités américaines feront la différence entre immigration et simple passion sportive. »

Dans les rues de Dakar, les vendeurs de maillots continuent d’y croire. Les Lions de la Téranga préparent leur compétition. Les supporters, eux, retiennent leur souffle. Car au-delà des décisions politiques, c’est aussi un rêve collectif qui se joue : celui de voir des milliers de Sénégalais vibrer, aux côtés de leur équipe nationale, sur la plus grande scène du football mondial.

Depuis ce mercredi 21 janvier, les États-Unis ont suspendu toutes les demandes de visas d’immigration permanente pour 75 pays, dont 26 États africains. Parmi eux figurent notamment la Côte d’Ivoire, le Cameroun et le Sénégal.

Contrairement aux visas touristiques, la mesure concerne les visas dits « longs séjours », ceux qui permettent le regroupement familial ou l’accès à un emploi sur le territoire américain. Washington justifie cette décision par la volonté de revoir en profondeur le processus d’attribution de ces titres de séjour.

Pour Donald Trump, les immigrants doivent désormais être « financièrement autonomes » et ne pas « constituer une charge pour les Américains ». L’administration a ainsi engagé une révision complète de l’Immigration and Nationality Act, le texte qui encadre les règles d’obtention des visas d’immigration.

Les critères d’attribution pourraient évoluer sensiblement. Au-delà des ressources financières, l’âge et l’état de santé des candidats pourraient désormais être pris en compte dans l’évaluation des dossiers. Officiellement présentée comme provisoire, la suspension pourrait toutefois s’inscrire dans la durée. Les autorités américaines indiquent que le gel restera en vigueur tant qu’elles ne pourront garantir que les nouveaux migrants ne « puisent pas dans les richesses du peuple américain ».

Fin novembre 2025, Donald Trump avait déjà annoncé son intention de durcir radicalement la politique migratoire, évoquant même la possibilité d’annuler « des millions » d’admissions accordées sous la présidence de Joe Biden. Depuis son retour au pouvoir, plus de 100 000 visas auraient été révoqués, tandis que des centaines de milliers de personnes auraient été expulsées ou seraient parties volontairement, selon les chiffres communiqués par les autorités américaines.